« Nous mobilisons des experts français et européens, c’est notre soft power »

Avec MARYNA MOREAU,
représentante d’Expertise France en Ouzbékistan

et LAURENT CHABRUT,
directeur pays aux Comores

M. M. Je suis à la fois cheffe du projet Économie verte en Ouzbékistan, responsable du bureau de Tachkent d’Expertise France et représentante de l’agence dans le pays. Notre bureau héberge plusieurs projets phares, dont deux initiatives de l’Équipe Europe couvrant toute l’Asie centrale : l’une vise à développer le corridor transcaspien et l’autre à étendre la connectivité numérique dans la région. En tant que responsable de bureau, j’apporte un soutien administratif et logistique aux chefs de ces projets. En parallèle, mes responsabilités de représentante m’amènent à assurer l’interface entre l’agence, les autorités ouzbèkes et les autres parties prenantes.

L. C. Je suis directeur pays pour les Comores, mais aussi coordinateur régional pour l’océan Indien. Aux Comores, j’assure la direction du bureau, avec ses soixante collaborateurs. Je supervise également tous les chefs de projets. Enfin, je représente formellement Expertise France auprès du gouvernement comorien et des autres parties prenantes, notamment les bailleurs de fonds comme l’AFD et l’Union européenne.

L. C. Expertise France est le seul opérateur européen implanté aux Comores, pour des raisons historiques et de complexité des opérations. L’archipel fait partie des pays les moins avancés et est confronté à de nombreux défis, que soit en matière d’agriculture, de formation professionnelle, d’entrepreneuriat, d’infrastructures ou encore de santé. Nous sommes donc en bonne place pour être proactifs : identifier les axes de développement prioritaires sur lesquels notre intervention pourrait être structurante et essayer de mobiliser des financements pour lancer des projets.

Le projet Komor Initiative vise l’insertion socio-professionnelle durable des jeunes dans l’Union des Comores par le renforcement de leurs compétences et un appui au continuum orientation-formation-insertion.

M. M. En Ouzbékistan, nous sommes loin d’être les seuls opérateurs. Expertise France n’est présente que depuis 2021. Je vais donc souvent au-delà de mon rôle de cheffe de projet sur l’économie verte pour identifier des opportunités de développement – et elles sont nombreuses. Je travaille en lien avec l’ambassade de France, qui a ses propres objectifs en termes de diplomatie économique. Nous mobilisons beaucoup d’expertises et d’acteurs français et européens pour nos projets. C’est notre soft power.

L. C. C’est vrai. Dans une direction pays, on ne vit jamais en autarcie. Nos liens avec le siège, avec les départements techniques d’Expertise France, sont primordiaux. Cela a été l’un des grands enjeux – et l’une des grandes réussites – de la décentralisation de notre activité et du déploiement des directions pays : conserver et repenser les liens avec les directions techniques, entretenir une dynamique siège-terrain positive et constructive.

M. M. Nous sommes particulièrement appréciés pour notre capacité à nouer des échanges entre pairs. Par exemple, l’État ouzbek avait besoin de mesurer ses émissions de gaz à effet de serre, pour se situer par rapport aux engagements pris dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (UNFCCC). Nous avons mis en relation des spécialistes français du sujet avec leurs homologues ouzbeks, pour qu’ils puissent développer ensemble une plateforme d’agrégation des données.

L. C. Aux Comores, l’une de nos réussites récentes est l’appui à la construction de pistes rurales qui rapprochent les agriculteurs des zones de production. Notre rôle est de bien cadrer les projets pour qu’ils répondent durablement aux besoins locaux. Cet impact n’est pas toujours facile à mesurer – par exemple quand on travaille sur les structures fiscales ou sur l’environnement –, mais c’est l’essence de notre métier : nous travaillons au bénéfice des populations, à des projets qui pourront continuer sans nous.

Entretien réalisé en mars 2026