Interview
Maroc : « L’esprit associatif guide toutes nos activités, qu’on soit né ici ou ailleurs »
La commune de Belfaa, au sud-ouest du Maroc, accueille de nombreuses personnes migrantes, venues principalement d’Afrique subsaharienne pour travailler dans le secteur agricole. Le Bureau d’accueil et d’orientation des migrants (BAOM) local contribue à leur intégration en s’appuyant sur la culture associative de la ville. Expertise France l’accompagne dans le cadre du Programme régional des initiatives de la migration, financé par l’AFD.
À quels besoins répondent les BAOM dans la région du Souss-Massa ?
Notre région est connue pour son secteur agricole, qui exporte beaucoup et qui manque de main-d’œuvre. De nombreuses personnes sont venues s’installer ici, notamment depuis l’Afrique subsaharienne, pour travailler. Les BAOM ont été créés en 2021 pour répondre à leurs besoins à leur arrivée et garantir leurs droits économiques et sociaux, leur accès à l’éducation, à la santé… Nous organisons également beaucoup d’activités culturelles et sportives pour tisser des liens entre les anciens et les nouveaux habitants.
Comment avez-vous construit votre feuille de route ?
Les BAOM du Souss-Massa ont été conçus avec l’association marocaine Migrations & Développement dans une logique de « territorialisation des politiques migratoires ». L’État central confie ainsi à l’échelon régional, voire communal, certaines activités au plus près des populations. Les habitants de Belfaa, anciens ou nouveaux, ont d’ailleurs participé à l’élaboration de notre feuille de route : nous l’avons conçue ensemble, c’est important.

Récemment, vous avez ainsi réaménagé un terrain communal de football. Comment est née cette idée ?
Tout a commencé par un tournoi de football, organisé avec Migrations & Développement dans le cadre du Programme régional des initiatives de la migration au Maroc (PRIM). Ce tournoi a été une excellente occasion de créer du lien entre les habitants, mais nous avons constaté que le terrain de Belfaa n’était pas adapté. Alors, l’année suivante, nous avons aidé les jeunes de la commune à proposer son réaménagement. L’association locale Al-Taqqadom pour le sport, qui a été créée depuis des années par les jeunes de Belfaa, gère aujourd’hui le terrain à travers une convention-cadre avec la commune. Nous avons désormais un beau terrain en gazon synthétique, sur lequel nous pouvons organiser des activités pour les jeunes. Ils peuvent pratiquer le football ensemble et créer des liens.
Les associations semblent jouer un grand rôle dans ce projet ?
L’esprit associatif est au cœur de notre culture locale. Il guide toutes nos activités, qu’on soit né ici ou ailleurs. Les gens le gardent en eux-mêmes quand ils s’exilent : ce sont par exemple des personnes originaires de Belfaa, exilées en Italie, qui ont fondé l’association de la diaspora italienne (Associazione di Solidarietà e Cooperazione). Elles ont gardé l’envie d’aider leur commune natale. Ce sont également elles qui ont déposé le dossier de demande de subvention auprès d’Expertise France. Très concrètement, le projet n’aurait jamais abouti sans l’engagement bénévole des habitants, les heures passées sur le chantier, les matériaux donnés.
L’appui d’Expertise France au BAOM porte notamment sur l’amélioration de l’égalité femmes-hommes. Qu’est-ce qui peut être fait en ce sens ?
Nous avons acquis le réflexe : pour chaque projet que nous lançons, nous nous assurons que les femmes aient toute leur place. Dans le cas de ce terrain, nous avons encouragé à la mixité de la pratique du football, un sport traditionnellement masculin au Maroc. Deux établissements scolaires ont créé des équipes féminines pour le dernier tournoi scolaire et ont ainsi donné l’exemple aux autres filles du village. L’année dernière, 477 jeunes dont 126 jeunes filles ont participé à nos activités sportives et de sensibilisation sur le nouveau terrain.
Pensez-vous que votre approche puisse essaimer ailleurs au Maroc ?
Je l’espère, mais chaque commune a ses spécificités. Belfaa a choisi d’écouter les associations locales, de dédier du personnel et des moyens (dont 480 000 dirhams pour le terrain de football), et de mobiliser des financements auprès de l’État, d’ONG et d’autres pays pour concrétiser leurs projets. Aujourd’hui, le programme PRIM s’achève et nous sommes à l’heure du bilan. Nous espérons que l’approche associative du BAOM remontera via le conseil régional jusqu’au niveau national, pour être institutionnalisée durablement.
Entretien réalisé en mars 2026
